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dimanche 8 novembre 2015

Thalla-Polis

Le bureau kabyle des poids et mesures !

La Kabylie vit ces derniers siècles une longue traversée du désert. Le Kabyle, fils de la Méditerranée, s'est vu relégué au rang d'indigène (il y a à peine 60 ans en arrière), puis à celui de tiers-mondiste et arriéré condamné à vivre sous domination d'autrui, des hilaliens en l'occurrence. C'est le goût amer de la déchéance ! Combien d'esprits serviles a engendré la torpeur de l'occupation hilalienne (arabo-islamiste) ? Trop à mon goût. Aujourd'hui, c'est l'histoire qui nous convoque pour vaincre la fatalité et redonner à la Kabylie la place qu'elle mérite dans l'histoire, et simplement pour lui offrir un avenir. Pour ce faire, il faut d'abord un crochet par le passé, histoire de montrer à la Kabylie son vrai visage...

Le véritable drame est que le Kabyle contemporain peine à comprendre qui il est, et à prendre toute la mesure de son identité, très peu étudiée justement pour cause d'absence de moyens et de chercheurs kabyles libres, "non-serviles" (enfantés par l'occupation). La toponymie kabyle (berbère, nordafe), par exemple, est une prouesse intellectuelle rarement vue ailleurs - elle a même résisté à des siècles d'occupation et d'assimilation (arabisation entre autres) qui mérite qu'on s'y intéresse très sérieusement. Ou bien prenons le cas de la langue kabyle. Des efforts considérables ont été fournis ces dernières années par les militants de la cause kabyle pour permettre à la langue kabyle de mettre un pas dans la modernité en passant de l'oralité à l'écriture. On en est ravis, mais... Mais il ne faut pas perdre de vue que ce passage "révolutionnaire" engendre des "malfaçons" qui potentiellement peuvent nuire à la perception de la langue et de la culture kabyle. Par exemple, la façon de céder la paternité de tout terme interférant avec la langue du hilalien, l'arabe, et de le remplacer par des néologismes ou des termes pris sur d'autres langues berbères (chose tout à fait normale), et cette greffe ne prend pas assez souvent ! C'est que le passage de l'oralité à l'écriture moderne a été si brutal qu'on a oublié d'écrire une page importante : l'histoire de la langue kabyle, ou de l'oralité kabyle si vous préférez. Je vais vous montrer, encore une fois, que la langue kabyle ne s'est pas égaré dans une grotte par le passé, mais elle a côtoyé son voisinage méditerranéen et, de par son algorithme souvent très impressionnant, pourrait faire jeu égal avec les langues les plus épanouies de la Méditerranée.

Thalla "source, fontaine". Voici un (autre) terme kabyle sous-exploité, on se limite à son (premier) sens propre même lorsqu'il est en préfixe d'un toponyme. Remédier à cet état d'esprit exigu et à cette approche archaïque de la langue kabyle, tel a été l'objectif de ce blog comme de l'ancien. Le seul véritable problème auquel je suis confronté reste celui d'extraire le masculin du féminin kabyle :) En effet, il est rare de trouver la même racine pour donner un féminin et (automatiquement) son masculin (avec affixes Th), comme Isly - th-islyt-th (tislit) "marié(e), fiancé(e)". La forme du féminin en règle général est comme suit : th + racine + th où ce Th (T) est l'affixe du féminin. C'est en observant dans l'environnement immédiat de la langue kabyle que l'on peut trouver des explications. En effet, la langue masri/arabe aussi utilise me T comme affixe du féminin mais seulement en qualité de terminaison, càd un suffixe T ; et plus intéressant encore, c'est une "technique" entièrement copiée sur l'ancien égyptien qui, lui aussi, utilisait le suffixe T pour marquer le féminin. Cette comparaison renforce ma conviction que la langue kabyle (et le berbère en général) serait dans le même cas, càd un suffixe T féminin et donc le T de préfixe ne serait pas vraiment un préfixe (T), mais ferait plutôt partie de la racine et ce ne serait pas un T, en tout cas pas toujours. L'exemple de Thalla qui va suivre va nous éclairer sur ce sujet, et vous allez être agréablement surpris !
On voit aussi l'hiéroglyphe égyptien ancien de l'urbanisme : Niwt de "Plan (de ville), ville, cité" dont on a parlé sur ce blog les mois précédents. Et son équivalent phénicien, ça serait sans doute Teth dont le symbole est une roue ou un bouclier, un croix dans un cercle. Teth a ensuite donné Thêta en grec, mais surtout ce Teth phénicien serait en relation avec le kabyle thidt "l'oeil" (au singulier exclusivement, le pluriel étant al'len), qui donne en berbère du sud le pluriel thitawin "yeux, sources" (généralement oeil-source et clef sont associés dans plusieurs langues), comme Tataouine dans le sud tunisien. Chose étrange, ce Teth phénicien pourrait avoir une relation avec le latin testa "tête" pour des raisons que l'on verra plus loin dans le texte.

Ok, maintenant on peut passer à l'explication de Thalla kabyle, ainsi que des termes proches de Thalla pour essayer de replacer la langue kabyle dans son environnement méditerranéen.
th-alas-th (talast), thilissa ou thilas au pluriel pour "frontière, limite, borne frontalière" et par extension "loi, règle". Quand on pose thilas/thilissa, on le fait sur les 4 côtés, autrement dit thalasth serait la Surface, la Superficie. Il y aurait aussu la notion de Carré probablement, tout comme de (point) Cardinal dans thalasth. Maintenant voyez ce que signifie vraiment Thalla "source, fontaine" :
- Thalla en kabyle actuel aurait pu se décliner kthalla du verbe k'thill "mesurer" que l'on a rapproché de GDR en punico-berbère da agadir et du grec katolikos soit catholique "universel, général" ;
- Thalla sous cette forme supposée KTL kthalla va, d'un côté, tout simplement s'apparenter tout naturellement au grec PTL puis PL de ptolis, polis "cité, ville" ; de l'autre, elle sera rapprochée du latin/romanes pour les termes capitole, capitale, caput "tête", capter
- Chose curieuse mais logique, ce dernier rapprochement va pouvoir expliquer le nom grec "Egypte" puis copte, terme tiré de Ptah "celui qui ouvre", dieu des poids et mesures probablement, qui aurait aussi donné f'tah "ouvrir", meftah "clef,  fatiha "ouverture, conquête" en masri/arabe : ces termes tout comme fedta "l'argent (métal)" on doit pouvoir les retrouver en kabyle dans Thalla justement ;
- Thalla, vu le sens de thalasth "borne frontalière, limite" qui serait aussi "surface" voire même "carré", va être tout naturellement une Place, et le masri/arabe le confirme saha "place" tiré de misaha "surface, superficie".  Outre la notion de Plan synonyme de cité (voir hiéroglyphe niwt égyptien), Thalla = Place va nous prendre un sens mercantile : la place du marché, l'Agora (on a rapproché ce mot gerc du kabyle agur "lune, mois", on verra à quel point ce rapprochement est opportun un peu plus loin), donc des dieux (soit "discipline, matière" à mon sens) du commerce et donc des poids et mesures, comme Hermès ou Mercure ;
- Thalla indique indéniablement un système de mesures, mais aussi elle aurait une relation avec le poids : thalla s'apparente au kilo "mille" en grec ancien, càd alef en phénicien, puis en kabyle et en masri/arabe et en hébreu et autres sémitiques ; ça serait simplement l'unité de base ou de référence de poids (de masse plus exactement) comme l'est le kilogramme dans le système international des unités reconnu presque partout dans le monde moderne ; 
- On peut à juste titre penser que les notions de volume et de masse, ou de poids pour faire simple, seraient apparentées à la profondeur, à la source, au noyau. C'est l'Hydre qui explique tout. Thalla "source, fontaine" (et donc la cité-ptolis/polis) et le verbe illi "être" en kab serait en lien avec lafaa, thallafsa "l"hydre" tandis que DR de thadarth "village" et du verbe der "exister, vivre" serait liés au grec hydra entre autres : QRT de qariat "village" en masri/arabe ne devrait pas normalement s'appliquer à la cité/ville comme QRT dans le nom de Carthage ; en plus, QRT de "ville" Carthage serait lié aussi à l'hydre, plus exactement au poulpe qarnit en arabe algérois mais pas en masri/arabe ! Pire encore, enfin pour les khorotos !, l'unité de mesure de volume a-qarwi n'existe qu'en kabyle et chaoui, berbère donc où QR est la tête (aqerru, aqerruy), mais pas en arabe, et elle serait liée à la désignation de la "cité" comme le Caïre (nom donné par la Fatimides berbères) et Kaïraouan qui seraient à mon sens une forme plus récente de Agadir. Vous l'aurez sans doute compris, celui qui pèse, compte, mesure avec précision est un vrai avare, un qarnit "poulpe" en algérois, une pieuvre ou une hydre qlq part :) Et c'est tout simplement un compteur.
http://fran.cornu.free.fr/images/ulti/ulti000007.jpg
On vient de voir des explications magnifiques pour le terme kabyle Thalla, et par la même occasion, on aura compris que l'hiéroglyphe urbain, le plan ou la cité sous forme d'un cercle contenant une croix, constitué une Unité de base d'un système de poids et mesures des anciens. C'est une référence, un modèle, un étalon destiné à être reproduit, une règle ou une échelle de référence ou simplement une Constante. Mais il reste un autre rapprochement à faire pour le terme kabyle Thalla, et il est presque anecdotique : 
Tale "conte" en anglois vs Thalla "source, fontaine" en kabyle
Et ce n'est pas de l'humour anglois car "compter" et "conter, raconter" ont la même racine. Ainsi, le nom du narrateur français, le très sympathique Jean de La Fontaine - on aurait dit Lwennas Talla en kab :) - n'aurait rien d'anodin : il est "De La Fontaine" car est narrateur, poète (lien poète - poids - puits ?). Et en kabyle, la formule d'ouverture des contes fabuleux kabyles "machaho, tellem chaho" ne serait pas kabyle proprement dite car ce terme machaho, par ailleurs inexplicable, est trop proche phonétiquement du masri/arabe misaha "surface" (voir plus haut ce qui a été dit à ce sujet pour thalla) et surtout du latin/romanes message, messager - fonction des dieux des poids et mesures, Hermès par exemple. La formule kabyle d'ouverture des contes fabuleux machaho tellem chaho est une autre fatiha mais pour les enfants, ou un "sésame, ouvre-toi" tout simplement.   

Pou saisir toute l'utilité de ce terme Thalla, on va devoir passer par une deuxième hypothèse expliquant la nature du (préfixe ?) Th dans ce terme : Th kab vs SC en latin. Et là, Thalla nos conforte dans nos suppositions faites plus haut au sujet de sa relation avec les poids et mesures :
Thalla en kab ~ Scala ou échelle en latin/fr.  
On est toujours dans un système de référence pour compter, mesurer, peser, etc.
Mais que signifie Thalla dans les toponymes, par exemple Thalla Bounane de triste mémoire ? En plus de la référence à la "source, fontaine" au sens propre, Thalla pourrait signifier non pas échelle mais une Escale, par exemple, ou une Etape, voir même un arrêt, une maison d'arrêt.

On va maintenant laisser en paix Thalla pour aller vers Yemma Gouraya, sainte lunaire car en lien avec agur "lune, mois", mais on reste toujours dans le système de poids et mesures ! Je l'ai déjà écrit sur ce blog et/ou sur l'ancien, que le terme grec agora s'apparenterait au kabyle ayur/agur "Lune, mois", et que le kabyle MGR de imguer "faucille, serpe" d'où m'guer "moissonner" explique clairement que mens, mois en langues IE serait lié aussi à la moisson. Les humains, en dehors (de la loi) du marché, ont toujours calculé, compté, pesé et mesuré  à la fin du mois, à la fin de la moisson. L'ingéniosité se voit dans le rapprochement suivant :
MGR de "faucille/serpe" et "moisson" en kabyle ~ Mesure du grec metron qui a donné le Mètre que nous utilisons de nos jours encore, voire même de mistara "règle" en masri/arabe.
A la fin de la moisson, les hommes ont toujours fait la fête, festoyer n'est-il pas normal une fois le travail accompli et après une bonne affaire (bonne récolte) ? Le terme kabyle Thameghra qui désigne "la fête" en général, y compris "les noces", serait lui synonyme de Démesure, c'est l'explication même du festin , et prendrait probablement aussi le sens de festival... et de Mardi gras ou le jour où l'on fête la rupture du jeûne soit l'Aïd el-Fitr dit "la petite fête" (leydh tha-mezian-t en kab), et plus généralement le jour de l'opulence probablement.

Ainsi se termine ce billet qui nous a permis de regarder autrement et d'apprécier la langue kabyle, un véritable trésor d'une culture méditerranéenne toujours en vie malgré les assauts de ses ennemis. Le bureau kabyle des poids et mesures est désormais ouvert, et Thalla est une source kabyle intarissable qui nous permettra d'alimenter les champs arides des esprits serviles gravement touchés par la sécheresse du désert intellectuel arabo-islamiste environnant pour sortir un jour la Kabylie de la disette sur tous les fronts et de la fatalité du sous-développement. 

Post-scriptum
Je dois quand même vous expliquer le choix de la seule photo de ce billet.
J'ai, voyez-vous, comme l'impression que Thalla, outre échelle, polis (cité), etc., serait aussi une Etoile (stella en latin) ou un astre (ithri en kabyle/berbère), et que notre Hydre omniprésente dans notre lexique ne serait pas une pieuvre, un poulpe mais une étoile de mer. Je n'ai pas assez d'arguments pour le moment, mais cette étoile de mer, donc une étoile des profondeurs (le cosmos aussi est profond !), pourrait être la vraie Thalla "source, fontaine" pour une étoile-source bien précise (Sirius ? ou l'étoile polaire tout simplement car constante ?), le symbole de la Constante, de la Polis (Cité, Ville), l'équivalent de la roue avec une croix (Teth phénicien) et de l'hiéroglyphe urbain égyptien Niwt de plan, cité. On y reviendra.